Philippe VIGNAU, actionnaire, jeune agriculteur
« Notre projet c’est l’histoire de 4 associés, mais c’est surtout 4 générations qui se côtoient au quotidien et qui ont le talent de faire cohabiter technique et vécu »
Philippe VIGNAU, jeune agriculteur
Village de Laroin

Philippe vient juste de fêter ses 30 ans. Passionné d’élevage, il a toujours voulu être agriculteur. Son diplôme de BTS en poche, il s’installe dès la fin des études sur une propriété qu’il loue à Bosdarros un village voisin. Puis c’est l’association avec ses parents dans le GAEC Bastarrous, du nom du coteau ou se perche la ferme familiale, face aux Pyrénées. Mais en 2000 - 2001 arrive la restriction de mise aux normes de l’étable pour les vaches laitières, doublé d’un relationnel difficile avec le voisinage.
« J’avais à l’époque 25 ans et mon père 50, des questions déterminantes s’imposaient alors :
Fallait il investir autant ? Seul ? Embaucher un jour un salarié ? Quel était mon avenir ? Le site étalé sur le coteau était-il réellement propice à l’élevage des vaches laitières ? Le dossier a mis du temps, plus de temps que prévu »
Au même moment, dans la vallée juste en bas de la ferme, les éleveurs sont regroupés en coopérative (CUMA) pour l’achat et l’utilisation d’une désileuse automotrice qui permet de distribuer l’alimentation de toutes les vaches du quartier. C’est à l’occasion d’un chantier commun que Philippe apprend qu’au GAEC des Vallées à 10 kilomètres, deux des associés souhaitent prendre leur retraite et que le 3ème, esseulé, se voit contraint à déposer un dossier pour cesser la production laitière. Philippe et son père n’ont alors toujours pas trouvé de solutions satisfaisantes aux problèmes de leur exploitation.
« Le soir même j’ai appelé Jean-Michel, le dernier éleveur à pouvoir rester et lui exprime clairement mon intérêt pour m’associer. A première vue, le projet était intéressant : leur étable bâtie récemment pouvait accueillir nos deux cheptels, nos troupeaux étaient de très bonnes génétiques et nos deux quotas réunis permettaient d’anticiper un revenu et un fonctionnement normal. Jean-Michel n’avait pas pris sa décision définitive. Nous étions en janvier et le dossier de cessation était à déposer en juin. Nous avions alors six mois pour évaluer la faisabilité d’un nouveau projet."
Les pourparlers entre Philippe et Jean-Michel ont duré deux mois. Pendant cette période, ils ont discuté surtout de ce qu’ils ne voulaient pas, ce qui par conséquent permettait de mieux définir leurs attentes à titre d’associés.
« Nous savions ce que nous ne voulions pas les uns les autres. Quand nous avons été à peu prés calés, nous avons appelé Odile AUBRIT de l’ADER. Elle connaissait bien le GAEC des Vallées. Jean-Michel avait confiance en Odile pour aborder à la fois des questions d’ordre technique, personnel et relationnel. J’ai accepté de négocier notre projet en présence de l’ADER. Il y a alors eu beaucoup de discussion sur l’organisation, les prises de décision, les objectifs…"
La mission de l’ADER a tout d’abord été de trouver un terrain d’accord sur les valeurs de cession des parts entre les deux cédants et les trois repreneurs (Philippe, son père Jean et Jean-Michel). Valeurs qui tiennent à la fois compte :
- de l’actif accumulé y compris dans sa dimension immatérielle avec le quota laitier ;
- de la capacité financière des repreneurs et de le rentabilité du projet .
Dans un deuxième temps, l’ADER a accompagné pour :
- la recherche d’un financement ;
- finaliser tous les contrats avec la fusion de deux GAEC, portant une attention particulière à l’épineux problème de la réunion des quotas laitiers sans prélèvement par l’Etat et aux primes de la PAC avec la mise en place des Droits à Prime Unique DPU.
La signature des actes a eu lieu le 7 janvier 2005, soit un an tout juste après le premier appel de Philippe à Jean-Michel.
« Si je devais définir le métier de l’ADER : des gens qui nous guident, qui n’hésitent pas à nous dire si on ne vas pas dans la bonne direction et qui nous identifient les bons clignotants. On a trop souvent le nez dans le guidon. Il faut nous aider pour une vision à long terme, c’est clair ! Mais il faut aussi nous aider sur du très court terme. Mais, au-delà de leur compétence, l’ADER c’est la disponibilité d’un interlocuteur avec qui on peut échanger spontanément de nos projets »
Depuis la situation vient encore d’évoluer. Philippe a proposé à Bruno, chauffeur de la désileuse, de s’associer avec eux pour remplacer un jour son père.
Il est rentré comme salarié en mars 2006, et vient de s’associer dans le GAEC le 1er janvier dernier, en apportant son capital d’exploitation familiale.
D’une exploitation laitière qui se cherchait et a même failli déposer son dossier de cessation, les 4 associés présentent aujourd’hui fièrement le portrait d’une exploitation en grande santé qui compte 130 vaches laitières et un quota de 1 200 000 litres.
La fréquentation des 4 générations donnent l’impression d’insuffler une énergie positive difficile à décrire, une espèce de fougue-sage. C’est d’ailleurs ce qui fait dire à Philippe « Je suis vraiment un privilégié, j’ai du plaisir à faire ce que je fais, j’ai du temps pour ma propre vie, j’ai un salaire décent ! » et d’ajouter avec sa jeune sagesse : « et en plus j’ai des associés avec qui j’aime prendre mon café à tous les matins en parlant de demain… »
